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Fin de cycle


Cher toi,


2025 prend enfin fin, et quel soulagement. J’ai vécu une année si spéciale. J’avoue avoir bien diabolisé ces derniers mois. Mais finalement, quelle belle fin de cycle.


Il s’en est passé, des choses. Des choses positives, des moments de joie, bien sûr. Mais aussi beaucoup de remontées de tristesse. Je dis bien remontées, car j’avais surtout l’impression que la vie me forçait à retourner dans mon passé pour régler quelques soucis de fond. Pour ne pas dire des traumas. On se comprend.


Alors, par où commencer ?


J’ai commencé mon année 2025 avec une otite à l’oreille gauche, alors que cela faisait des années que je n’en avais pas eu.


Mon parcours avec les otites est assez intense : il remonte à mon année du bac. On m’a opérée des tympans en décembre 2016.

Comment expliquer, alors que tout allait bien depuis un moment, que je me retrouve de nouveau avec une otite en décembre, mais cette fois-ci en 2024 ? Forcément, je me suis interrogée.


Quand j’avais 17 ans, en 2016, ma professeure de SVT me harcelait au lycée. J'ignore encore la raison de sa haine. À la réunion parents-professeurs, juste avant les fêtes, elle a suggéré à ma mère que j’aille à la fac de droit ou de médecine, non pas pour faire carrière, mais bel et bien pour me trouver un mari.

Ma mère est partie en lui faisant ce qu’elle méritait : un bon gros doigt d’honneur.


En entendant cela, instantanément, mes tympans ont lâché. Ils se sont littéralement perforés, comme si il y avait une trop grande pression derrière. J’ai donc dû me faire opérer, avec une double otite en prime.


Pendant des années, ma mère me disait : « Tu ne voulais plus l’entendre. » Et c’est vrai. C’est la première fois de ma vie que je prenais des antidépresseurs, car revenir au lycée avec cette femme était devenu mon pire cauchemar.


Avec le recul, je pense que ma mère avait raison depuis le début. Mon corps ne voulait plus entendre les paroles de cette femme qui me détruisait. Alors il a fait en sorte que je ne puisse plus l’entendre du tout.


Et alors, quel est le lien avec 2024 ?


En septembre 2024, j’intègre une formation d’acteur à Paris. La formation que je voulais à tout prix. Au début, j’adhère. Je veux comprendre la méthode et je veux en être. Je travaille, je me pousse à bout, je progresse. Et puis mon corps me lâche de nouveau : vertiges, malaises, otite.


La directrice de cette école était un cauchemar. Le mien. Dès qu’elle arrivait à l’école, je le sentais instantanément, sans même savoir si elle était à son bureau. Je sentais sa présence. Et c’était comme un retour avec ma prof de SVT. Harcèlement banalisé, de toutes sortes.


Je me sentais tellement fatiguée. Je ne voulais plus y aller. Comme si je savais que quelque chose n’allait pas là-bas. Cette professeure nous disait d’écouter nos corps et nos instincts. Quand j’écoutais le mien, je voulais fuir. Et ne jamais revenir. Même plus que ça, pour être honnête.


C’était une véritable emprise. Elle voulait qu’on lui appartienne.


Quand j’ai eu cette otite, pendant les vacances, j’ai su que plus jamais je n’y retournerais.


Alors j’ai écouté mon instinct. J’ai envoyé un mail, en janvier 2025, pour dire que je ne serais plus jamais présente.

Quelques mois plus tard, l’école a fermé pour harcèlement et VSS.

Je le savais. Mon corps tout entier le savait. Et je lui dis merci de m’avoir prévenue.



J’ai également clôturé cette année 2025 en revenant à ma couleur de cheveux naturelle.

Pendant neuf ans, j’ai fait de multiples couleurs, balayages, flashs, etc.

Pendant longtemps, je me suis posé cette question : pourquoi je faisais cela ?

Et j’ai obtenu ma réponse il n’y a pas si longtemps.


Quand j’avais 17 ans, je suis tombée follement amoureuse d’un garçon. Je ne citerai pas son prénom, mais appelons-le… Julien !

Julien ne sortait qu’avec des filles qui avaient les cheveux très longs et, un jour, je me souviens, il avait dit : « J’adore les blondes. » Mince alors, j’étais blonde foncée et j’avais les cheveux au carré.


En pensant lui plaire, j’ai fait une couleur de supermarché et laissé pousser mes cheveux.

Me voici, un an plus tard, blonde, aux cheveux longs. Et devine quoi ? Il m’embrasse à une soirée. J’avais réussi à le séduire… du moins, c’est ce que je pensais.

Et puis, je ne sais pas si tu te souviens de la suite de cette histoire, mais c’était clairement neuf années à l’attendre. Je suis restée accrochée à lui — ou plutôt à son souvenir — pendant neuf ans.

Mais quel cauchemar !


Neuf ans plus tard, il voulait me revoir.


Cette fois-ci, j’y vais encore, avec mes cheveux extrêmement blonds et longs.

Et oui, nous nous sommes embrassés. Sauf que cette année, pour la première fois depuis neuf ans, c’est moi qui n’ai plus jamais répondu.

Je ne ressentais plus rien. Comme si neuf ans de ma vie s’étaient envolés pour toujours.

Mais en y allant, j’avais la sensation de boucler la boucle. Et je crois — j’en suis même sûre — que cette boucle est fermée.

Je n’ai plus jamais eu envie d’écrire à Julien, et ça m’a fait énormément de bien.


À la suite de cet événement, j’ai retiré mes immenses extensions blondes. Je les ai rendues à mon coiffeur et je lui ai demandé de me repasser à ma couleur naturelle. Et si tu veux tout savoir, je ne me suis jamais trouvée aussi belle.



Durant tout ce cycle de neuf ans, j’ai fait ma vie en fonction de mes soucis urinaires, digestifs et gynécologiques. Quand je dis faire ma vie en fonction, ce n’est malheureusement pas une expression.

Je me suis rendue compte que je me forçais pour de nombreuses choses.

Etudes, rapports sexuels, relations etc.


J’ai passé cinq ans de ce cycle en études supérieures. J’ai étudié le droit. Le Covid est passé par là, et de nombreux doutes aussi. Pendant ces cinq années d’études, je me suis rendu compte que je voulais prouver à ma professeure de SVT que je n’étais pas aussi bête qu’elle le pensait.


J’ai détesté la fac de droit, tout comme le bac scientifique, tout comme les cours de pilates auxquels je me forçais à assister. Oui, le pilate a un rapport là dedans tu vas voir !


Et puis un jour, j’ai tout abandonné. Je me suis réorientée et j’ai bossé en start-up. C’était déjà le début du bonheur, parce que je choisissais enfin ma vie.


J’ai dit au revoir au barreau que je préparais, et au revoir au pilates.

Les gens adorent dire que j’ai loupé le barreau et que je n’assume pas. C’est normal : ils projettent certainement leurs propres échecs sur quelqu’un d’autre, tu me diras. Mais évidemment, ça m’a fait de la peine, tout comme dire au revoir au corps que je n’aurais jamais plus en arrêtant le pilates.


Ce qu’il faut retenir dans ces deux disciplines, totalement différentes je le conçois, c’est que pour les deux, je me forçais. Je me forçais à aimer le pilates et à aimer la pratique du droit, alors que je rêvais de soulever de l’énorme fonte à la salle de sport et de reprendre le théâtre, chose que je faisais avant mes études.


Et durant ce cycle, je l’ai fait. Je me suis inscrite à la salle de sport - en plus, c’est bien moins cher que le pilates - et j’ai bossé, puis repris des formations de théâtre, d’acting… avec l’argent de mes vidéos ! Et oui, parce que pour la première fois, je me suis écoutée, j’ai aussi écouté mes copines, et j’ai publié quelques vidéos sur TikTok, puis Instagram. Jamais je n’aurais cru que ça allait me faire connaître.


Pour être honnête, j’ai même pensé à supprimer mes réseaux sociaux à de nombreuses reprises.


Et me voici maintenant, en fin de cycle, à avoir terminé deux formations. Et grâce à ma petite notoriété sur Internet - que je dois à mes abonnés pour toujours - une agence de cinéma s’est intéressée à mon profil.


Et en cette fin d’année, je suis fière d’avoir coproduit et coréalisé mon premier court-métrage, qui traite des standards de beauté et de thérapie. Jolie fin de cycle, non ?

Avec mon ami et coauteur, nous avons réalisé un film de 2 minutes 20 pour le Nikon Film Festival, et un autre de 4 minutes, à destination d’autres festivals en France.


L’année prochaine, pour cette année 1, je pars donc à la conquête de mon rêve en montrant mes images en festivals de cinéma. Et pour moi, c’est l’une de mes plus belles réussites.



Et l’amour dans tout ça ?


Je sais que tu veux que je te parle de mes amours…


En cette année de fin de cycle, je suis passée d’une relation à… une autre !


Et ce que j’en ai retenu, c’est de ne plus l’exposer.


Un homme heureux dans sa vie personnelle et professionnelle s’est présenté à moi un soir, dans un bar. Je venais de couper mes cheveux, j’étais trempée à cause de la pluie, mais je riais. Et il est venu pour cette raison : parce que je riais.


J’étais prête à accueillir un homme heureux, qui avait avancé et travaillé. Je me souviens de ce 16 juillet : il n’arrivait pas à prononcer son prénom en se présentant. Je l’avais vu, moi aussi, et il est venu. On ne faisait que se regarder.


Aujourd’hui, je peux pleurer sur son épaule, être entendue, et surtout, j’ai le droit de briller.


Il est fier de moi pour la moindre petite chose que j’accomplis, et il ne me rabaisse jamais devant ses amis. Tu vas me dire que c’est normal, je sais, mais ce n’est pas normal quand tu n’y es pas habituée.


Avec lui, je peux dire non sans me justifier et, peu importe ma coupe ou ma couleur de cheveux, il dira toujours que ce qu’il aime, c’est moi, toute entière.


Quand j’ai perdu mon chat, il a quitté son travail pour m’aider à le retrouver, et c’est lui qui me l’a ramené.


Pour la première fois de ma vie, on me donne sans compter, et je me laisse aimer pour qui je suis.


Et tu veux que je te dise ? Je me sens en sécurité avec lui.


C’est vrai que je ne t’en parle pas souvent, mais la vie m’a montré que vivre cachée, c’était parfois la clé du bonheur. Et aujourd’hui, je suis heureuse.


Je suis heureuse parce qu’il ne m’apporte que de l’apaisement, et jamais de chaos.

Et parce qu’avec lui, je n’ai jamais eu aussi confiance en moi que maintenant.

Parce qu’avec lui, ma parole compte, mon avis compte, et surtout, mon bonheur compte.

Je te rassure, il en va de même de son côté. Je suis là pour lui, mais cette fois-ci, pas comme une mère : comme une petite amie.


J’espère passer ce prochain cycle dans ses bras, sur scène, au cinéma, et surtout, en paix avec tout ça.


Durant ce cycle de neuf ans, un homme m’a frappée au visage, un autre m’a violée pendant mon sommeil. On m’a dit de me taire. Mon consentement n’a pas été respecté, à de nombreuses reprises. J’ai été manipulée, trompée, sous emprise.


Évidemment que c’est difficile de vivre avec cela. Mais plus que jamais, je continuerai à dénoncer ce que les femmes vivent au quotidien. Et moi aussi, j’aurais aimé qu’on me croie.


Toute ma vie, je serai du côté de la victime.


A plus ma vie



 
 
 

1 commentaire


Lucie Azadi
Lucie Azadi
il y a 5 jours

Passer par ici, et lire du Caroline Bradshaw, un vendredi soir, à une heure du matin, sous mon petit plaid… qu’est-ce que ça fait du bien. Ça me rappelle une dizaine d’années en arrière : les blogs à l’ancienne, mon blog mode et culture, mes streetstyles, les copines blogueuses. Je suis nostalgique de cette époque. Cette époque sans réseaux sociaux, où je me sentais plus intelligente qu’aujourd’hui, où mon cerveau n’était pas encore tout ramolli.

Je pense que le corps et le cœur restent marqués par le harcèlement moral. Surtout quand il se reproduit. Surtout quand il est injuste. J’ai 32 piges, je suis censée avoir guéri de tout ça. Mais non. Là où je suis aujourd’hui, dans une de mes…

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